Le décor se répète avec une régularité déchirante dans plusieurs de nos communes et quartiers, de Koumassi à d’autres banlieues de nos grandes villes. Aujourd’hui, des familles entières se retrouvent brutalement privées de toit, livrées aux intempéries, à la morsure de l’incertitude et à une profonde détresse. L’image de ces débris là où s’élevaient des vies, des commerces et des souvenirs ne peut laisser personne indifférent.

Face à ce drame humain, la solidarité ne doit pas être un vain mot. Aller à la rencontre de ces populations meurtries, panser les cœurs, écouter les récits douloureux et apporter un indispensable réconfort moral — tout comme une aide d’urgence en eau potable et en biens de première nécessité — devient un devoir citoyen et moral. C’est l’essence même de notre humanité commune qui se joue sur le terrain des décombres.

Pourtant, au-delà de l’élan de solidarité, une question fondamentale demeure : comment en est-on arrivé à oublier l’humanité la plus élémentaire ?

On ne peut taire notre profonde indignation face à la violence de ces déguerpissements, survenus de surcroît en pleine saison des pluies. Notre cœur saigne particulièrement pour ces mères, ces enfants et ces candidats aux examens de fin d’année, jetés à la rue sans aucune solution de relogement, ni le moindre accompagnement digne. Que valent les infrastructures de demain si elles se bâtissent sur les traumatismes d’aujourd’hui ?

Le rôle des leaders d’opinion, des élus locaux engagés et des journalistes d’investigation est alors crucial pour faire la lumière sur les tenants et aboutissants de ces opérations, et en identifier les responsables. Il ne s’agit pas de s’opposer à l’assainissement ou à la modernisation de nos cités, mais d’exiger la transparence.

Dans un État de droit, l’action publique perd toute légitimité si elle s’affranchit du respect sacré de la dignité humaine. C’est pourquoi la lumière doit être faite sur les nombreuses zones d’ombre qui entourent ces démolitions massives.

Il est temps de faire corps avec toutes les populations précarisées. Plus que jamais, le combat pour une Côte d’Ivoire plus juste, plus humaine et plus responsable — où chaque citoyen est protégé et respecté — doit devenir une priorité nationale. La justice et la dignité ne sont pas des options, ce sont des droits inaliénables.

Narcis’K