Ah, Abidjan ! Notre chère capitale où le buzz et la passion l’emportent trop souvent sur la raison. Ces derniers jours, le « Méta » ivoirien est entré en ébullition pour deux sujets que tout oppose, mais qui révèlent une même maladie sociale : l’incapacité à accepter la liberté d’opinion et le sens des priorités inversé.
Tout a commencé par une simple interview. Didier Drogba, notre « Daïzoko » national, s’est prêté au jeu des pronostics pour le Mondial 2026. Son tort ? N’avoir pas proclamé haut et fort que la Côte d’Ivoire soulèverait la Coupe du monde. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un tollé sans précédent. Une pluie de critiques s’est abattue sur l’icône, certains le chambrent vertement, l’accusant de manque de patriotisme, tandis que d’autres s’époumonent à le défendre.
Mais depuis quand le patriotisme se mesure-t-il à l’aveuglement ? Chacun est libre de ses opinions, et le réalisme sportif ne devrait pas être un crime de lèse-majesté. Vouloir imposer à une légende du football de dire ce que la masse veut entendre, c’est refuser le principe même du libre arbitre.
Pendant qu’on s’écharpe virtuellement pour un ballon rond, la réalité du terrain, elle, est dramatique. Plusieurs quartiers d’Abidjan ont été déguerpis, laissant des milliers de familles à leur triste sort, exposées sans pitié à la pluie et au soleil, sans assistance concrète. Le dossier est devenu un véritable imbroglio politique, où les autorités se renvoient la balle dans une cacophonie totale.
Et c’est là que le surréalisme atteint son paroxysme. Alors que le peuple attendait une parole forte, un plan de relogement ou un élan de compassion du sommet de l’État face à cette crise humanitaire, la sortie officielle du Président de la République est venue doucher les espoirs. Son message ? Des encouragements enthousiastes aux Éléphants pour leur participation au Mondial. Un décalage horaire et social qui a légitimement crié au scandale.
Ces deux épisodes posent une question de fond : on n’est donc plus libres de nos opinions dans ce pays ? Pourquoi cette obsession nationale à vouloir que tout le monde abonde toujours dans le même sens, au mépris de l’évidence ?
Exiger l’unanimisme sur des pronostics sportifs tout en fermant les yeux sur la détresse de ses propres concitoyens est le reflet d’une société qui perd le Nord. On peut aimer son pays sans être hypocrite sur ses chances de victoire, et on peut aimer le football sans oublier que la dignité humaine passe avant un match de quatre-vingt-dix minutes.
À bon entendeur, salut.
Par Narcis’K











