Le début presque simultané du carême chrétien et du jeûne musulman cette année offre une convergence spirituelle rare, plaçant des millions de fidèles dans un même temps de prière, de pénitence et de solidarité.
Le carême, période de quarante jours précédant la fête de Pâques dans la tradition chrétienne, est consacré au jeûne, à la prière et au partage. De son côté, le Ramadan, neuvième mois du calendrier islamique, impose aux musulmans un jeûne quotidien de l’aube au coucher du soleil, accompagné d’un renforcement des pratiques religieuses et des actions caritatives.
Cette coïncidence s’explique par le décalage entre le calendrier grégorien, fixe, et le calendrier lunaire islamique, plus court d’environ onze jours par an. Ainsi, le Ramadan « recule » chaque année dans le calendrier civil, ce qui entraîne périodiquement un chevauchement avec le carême. Ce phénomène peut s’étendre sur plusieurs années consécutives. Il s’est déjà produit au milieu des années 2010 et devrait encore être observé sur la période 2025-2028, avant que les deux temps religieux ne s’éloignent de nouveau pendant plusieurs années.
Au-delà de la coïncidence calendaire, cette concomitance revêt une portée symbolique particulière, notamment dans des sociétés pluralistes comme la Côte d’Ivoire, où chrétiens et musulmans vivent et travaillent souvent côte à côte, parfois au sein des mêmes familles.
Selon des observateurs du fait religieux, cette période partagée favorise une meilleure compréhension mutuelle. Les exigences communes, abstinence alimentaire, intensification des prières, multiplication des gestes de solidarité, rendent plus visibles les valeurs communes aux deux traditions, notamment la maîtrise de soi, l’humilité et l’attention aux plus vulnérables.
Sur le plan social, cette simultanéité peut également nécessiter des ajustements dans les administrations et les entreprises, en raison de la fatigue liée au jeûne et de l’intensification des activités cultuelles. Toutefois, ces contraintes peuvent être transformées en opportunités, à travers des initiatives interreligieuses, des actions sociales conjointes et des messages communs en faveur de la paix.
Dans un contexte international marqué par des tensions identitaires, la concomitance du carême chrétien et du jeûne musulman apparaît ainsi comme un signal fort en faveur du dialogue et du vivre-ensemble. Elle rappelle que, malgré des différences doctrinales, les deux traditions partagent une même quête d’élévation spirituelle et de solidarité.
AIP












